{"id":103,"date":"2026-10-23T10:40:56","date_gmt":"2026-10-23T10:40:56","guid":{"rendered":"https:\/\/estrivier.com\/?p=103"},"modified":"2026-10-23T10:51:34","modified_gmt":"2026-10-23T10:51:34","slug":"etat-et-cybercriminalite-des-reponses-adaptees-aux-enjeux-historiques-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/2026\/10\/23\/etat-et-cybercriminalite-des-reponses-adaptees-aux-enjeux-historiques-2\/","title":{"rendered":"\u00c9tat et cybercriminalit\u00e9 : des r\u00e9ponses adapt\u00e9es aux enjeux historiques"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les risques relatifs \u00e0 la cybercriminalit\u00e9 sont devenus syst\u00e9miques dans un monde en pleine mutation num\u00e9rique, caract\u00e9ris\u00e9 par la congruence permanente des individus et des syst\u00e8mes d\u2019informations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s 2008, le Livre blanc posait les pr\u00e9mices de ce constat en donnant une place centrale \u00e0 la mondialisation, d\u00e9crite comme une situation d\u2019interactions et d\u2019interd\u00e9pendances entre une multitude d\u2019acteurs, port\u00e9e entre autres par l\u2019expansion de nouvelles technologies : \u00ab&nbsp;Dans les quinze ans \u00e0 venir, la multiplication des tentatives d\u2019attaques men\u00e9es par des acteurs non \u00e9tatiques, pirates informatiques, activistes ou organisations criminelles, est une certitude. Certaines d\u2019entre elles pourront \u00eatre de grande ampleur&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019expansion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du cyberespace augmentant de fait les surfaces d\u2019attaques, conduisait dix ans plus tard le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur \u00e0 constater dans son rapport \u00c9tat de la menace li\u00e9e au num\u00e9rique, un taux de p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019Internet de 54,4% au niveau mondial en 2017<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, contre 23,5% en d\u00e9cembre 2008<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le corollaire d\u2019un tel accroissement fut la tum\u00e9faction du risque, incarn\u00e9e par deux attaques virales sans pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le ran\u00e7ongiciel <em>Wannacry<\/em>, qui le 12 mai 2017, infecte de fa\u00e7on quasi-simultan\u00e9e des milliers de machines \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le logiciel <em>NotPetya<\/em>, qui le 27 juin de la m\u00eame ann\u00e9e, cible la soci\u00e9t\u00e9 Saint-Gobain, ainsi que l\u2019affr\u00e9teur maritime et la soci\u00e9t\u00e9 pharmaceutique Merck, provoquant chez ce dernier un pr\u00e9judice de&nbsp;80 millions d\u2019euros de perte en exploitation<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le Livre blanc de 2008 concevait par anticipation le cyberespace comme un champ de confrontation globalis\u00e9, le Livre blanc de 2013 consid\u00e9rait d\u00e9finitivement ce dernier, comme un risque de premi\u00e8re importance pour la s\u00e9curit\u00e9 nationale&nbsp;: \u00ab la possibilit\u00e9, envisag\u00e9e par le pr\u00e9c\u00e9dent Livre blanc, d\u2019une attaque informatique majeure contre les syst\u00e8mes d\u2019information nationaux dans un sc\u00e9nario de guerre informatique constitue, pour la France et ses partenaires europ\u00e9ens, une menace de premi\u00e8re importance&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De la pr\u00e9vision du risque amorc\u00e9e il y a une d\u00e9cennie par ce document, \u00e0 la concr\u00e9tisation exponentielle de la cybermenace, le pr\u00e9sent article aura pour objectif d\u2019\u00e9tudier l\u2019imbrication des r\u00e9ponses pr\u00e9ventives r\u00e9glementaires apport\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, avec le contexte historique fran\u00e7ais et europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un dispositif h\u00e9rit\u00e9 de la protection des installations d\u2019importance vitale<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est en 1958 dans un contexte de Guerre froide (1947-1991) et d\u2019incertitude politique et institutionnelle cons\u00e9cutive \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie (1954-1962) que la notion d\u2019op\u00e9rateur d\u2019importance vitale (OIV) appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois en France. Il n\u2019est pas d\u00e9raisonnable de consid\u00e9rer que cette ann\u00e9e sp\u00e9cifiquement marqu\u00e9e par une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements politiques (officialisation du programme nucl\u00e9aire militaire fran\u00e7ais) et d\u00e9stabilisateurs (attentats perp\u00e9tr\u00e9s par le FLN sur le territoire fran\u00e7ais, putsch d\u2019Alger), activant l\u2019instauration de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, ait pu contribuer \u00e0 l\u2019ordonnance n\u00b058-1371 du 29 d\u00e9cembre 1958 tendant \u00e0 renforcer la protection des installations d\u2019importance vitale (\u00e9tendue aux territoires d\u2019outre-mer en 1961)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les entreprises exploitant des \u00e9tablissements ou utilisant des installations et ouvrages, dont l\u2019indisponibilit\u00e9 risquerait de diminuer d\u2019une fa\u00e7on importante le potentiel de guerre ou \u00e9conomique, la s\u00e9curit\u00e9 ou la capacit\u00e9 de survie de la nation, sont tenues de coop\u00e9rer \u00e0 leur frais, dans les conditions fix\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sente ordonnance, \u00e0 la protection desdits \u00e9tablissements, installations, et ouvrages contre toute tentative de sabotage&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. La mise en service d\u2019usines d\u2019extraction de plutonium et de s\u00e9paration isotopique de l\u2019uranium sur les sites de Marcoule et de Pierrelatte \u00e0 la m\u00eame date, pouvait de surcroit constituer un terrain favorable \u00e0 la d\u00e9finition d\u2019un protocole, visant \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019ensemble de ces complexes strat\u00e9giques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cadre organisationnel permettant d\u2019associer les OIV publics ou priv\u00e9s, \u00e0 la mise en \u0153uvre de la strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 nationale d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la protection physique des points d\u2019importance vitale (PIV), rel\u00e8ve du dispositif de s\u00e9curit\u00e9 des activit\u00e9s d\u2019importance vitale (SAIV). Cet appareil qui n\u2019a connu que peu d\u2019\u00e9volutions depuis pr\u00e8s de cinquante ans, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 par le d\u00e9cret n\u00b02006-212 du 23 f\u00e9vrier 2006&nbsp;: \u00ab&nbsp;[\u2026] ce dispositif est venu remplacer l\u2019ancienne politique de protection des installations d\u2019importance vitale devenue caduque par bien des aspects. H\u00e9riti\u00e8re de la guerre froide, elle \u00e9tait essentiellement centr\u00e9e sur la pr\u00e9vention du sabotage. Adopt\u00e9e \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019\u00e9tat jouait un r\u00f4le cl\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019\u00e9conomie, elle ne faisait que peu de place aux acteurs priv\u00e9s&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. L\u2019arr\u00eat\u00e9 du 2 juin 2006 compl\u00e9tait ce d\u00e9cret en fixant la liste des secteurs d\u2019activit\u00e9s d\u2019importance vitale \u00e0 12<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, tout en d\u00e9signant les ministres coordonnateurs de ces derniers.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Face \u00e0 la cybermenace, un dispositif de d\u00e9fense national en perp\u00e9tuelle adaptation<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour appr\u00e9hender les pr\u00e9mices d\u2019une r\u00e9ponse d\u00e9fensive \u00e9tatique \u00e0 la cybermenace, il est n\u00e9cessaire de les relier \u00e0 l\u2019apparition concomitante de deux facteurs de port\u00e9e mondiale&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019une part un changement de paradigme g\u00e9opolitique&nbsp;; soit la fin d\u2019une vision fa\u00e7onn\u00e9e par un monde bipolaire, au profit d\u2019une dynamique mondialis\u00e9e, que le Livre blanc d\u00e9crivait en 2008 comme suit : \u00ab&nbsp;Elle cr\u00e9e une interaction et une interd\u00e9pendance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es et non ma\u00eetris\u00e9es entre tous les \u00c9tats. Elle permet \u00e0 une multitude nouvelle d\u2019acteurs non \u00e9tatiques et d\u2019individus de tirer le parti maximum des possibilit\u00e9s de circulation internationale acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e des hommes comme des donn\u00e9es et des biens, mat\u00e9riels et immat\u00e9riels&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autre part l\u2019essor du r\u00e9seau Internet associ\u00e9 \u00e0 une augmentation exponentielle d\u2019utilisateurs, passant de 16 millions fin 1995,&nbsp;\u00e0 2,8 milliards 18 ans plus tard<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>, conduisant par effet m\u00e9canique \u00e0 un accroissement des cyberattaques. Le Livre blanc validait ce rapport de cause \u00e0 effet en 2013&nbsp;: \u00ab&nbsp;[\u2026] les menaces et les risques induits par l\u2019expansion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du cyberespace ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9s, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019atteintes \u00e0 des syst\u00e8mes r\u00e9sultant d\u2019actes intentionnels ou de ruptures accidentelles mettant en cause le fonctionnement d\u2019une infrastructure num\u00e9rique critique&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Si le Livre blanc de 2008 constituait les prol\u00e9gom\u00e8nes d\u2019une prise en consid\u00e9ration de cette menace, la version de 2013, quant \u00e0 elle, proposait pour la premi\u00e8re fois un ensemble de mesures concr\u00e8tes pour conserver des capacit\u00e9s de protection et de d\u00e9fense adapt\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9volution du risque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Devant la n\u00e9cessit\u00e9 de coordonner un dispositif d\u00e9fensif adapt\u00e9 \u00e0 ces nouvelles contingences, la r\u00e9ponse gouvernementale fut la cr\u00e9ation de l\u2019Agence nationale de la s\u00e9curit\u00e9 des syst\u00e8mes d&rsquo;information (ANSSI). Ce service fran\u00e7ais instaur\u00e9 par d\u00e9cret le 7 juillet 2009, est l\u2019h\u00e9ritier d\u2019une s\u00e9rie d\u2019organismes \u00e0 vocation militaire remontant \u00e0 1943, sp\u00e9cialis\u00e9s dans la cryptographie et la protection des informations sensibles de l\u2019\u00c9tat. Outre la p\u00e9rennisation de cette fonction sensiblement modernis\u00e9e, le r\u00f4le de l\u2019ANSSI, s\u2019\u00e9tend aujourd\u2019hui \u00e0 une mission de conseil et de soutien aux administrations ainsi qu\u2019aux op\u00e9rateurs d\u2019importance vitale sur la cybers\u00e9curit\u00e9&nbsp;; sujet d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9 dans le dispositif interminist\u00e9riel de s\u00e9curit\u00e9 des activit\u00e9s d\u2019importance vitale, inscrit dans le code de la d\u00e9fense. L\u2019article 22 de la loi de programmation militaire (loi n\u00b0 2013-1168 du 18 d\u00e9cembre 2013), imposant d\u00e8s lors aux OIV, le renforcement de la s\u00e9curit\u00e9 des syst\u00e8mes d\u2019information critiques qu\u2019ils exploitent&nbsp;: les syst\u00e8mes d\u2019information d\u2019importance vitale (SIIV).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une coordination europ\u00e9enne et nationale de d\u00e9fense du cyberespace<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019\u00e9troite corr\u00e9lation entre les int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens et nationaux dans le cyberespace, l\u2019Union europ\u00e9enne s\u2019est dot\u00e9e d\u2019un cadre formel de coop\u00e9ration entre les 28 \u00c9tats membres, visant \u00e0 assurer un niveau \u00e9lev\u00e9 commun de s\u00e9curit\u00e9 des r\u00e9seaux et syst\u00e8mes d\u2019information de leurs activit\u00e9s critiques. La directive <em>Network and Information System Security<\/em> (NIS) propos\u00e9e en f\u00e9vrier 2013 par la Commission europ\u00e9enne et adopt\u00e9e le 6 juillet 2016, a pour ambition d\u2019apporter une coh\u00e9rence des postures et des pratiques de s\u00e9curit\u00e9 de chaque pays, et d\u2019\u00e9viter ainsi la diffraction des usages susceptible de nuire \u00e0 long terme \u00e0 l\u2019objectif de mise en conformit\u00e9 requis : \u00ab&nbsp;Les moyens existants ne sont pas suffisants pour assurer un niveau \u00e9lev\u00e9 de s\u00e9curit\u00e9 des r\u00e9seaux et des syst\u00e8mes d&rsquo;information dans l&rsquo;Union. Les niveaux de pr\u00e9paration sont tr\u00e8s diff\u00e9rents selon les \u00c9tats membres, ce qui se traduit par une fragmentation des approches dans l&rsquo;Union&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. La France, pionni\u00e8re en la mati\u00e8re envisageait d\u00e9j\u00e0 en 2008, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une coop\u00e9ration inter-\u00e9tatique&nbsp;: \u00ab&nbsp;La France juge donc indispensable de renforcer, au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne, la coop\u00e9ration op\u00e9rationnelle la plus r\u00e9active possible entre \u00c9tats partenaires face aux attaques contre les syst\u00e8mes d\u2019information&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La directive&nbsp;NIS qui ne rel\u00e8ve ni d\u2019une loi ni d\u2019un r\u00e8glement, doit \u00eatre d\u2019avantage consid\u00e9r\u00e9e comme un ensemble de recommandations visant \u00e0 renforcer la cybers\u00e9curit\u00e9 des op\u00e9rateurs de service essentiels (OSE) et des fournisseurs de service num\u00e9rique (FSN), au sein d\u2019un cadre de coop\u00e9ration europ\u00e9en et de gouvernance nationale. Elle laisse le choix des moyens pour y arriver \u00e0 la discr\u00e9tion des pays membres. Ces derniers eurent en revanche pour obligation la mise en place d\u2019un <em>Computer Security Incident Response<\/em> (CSIRTs) et d\u2019une autorit\u00e9 comp\u00e9tente, charg\u00e9e de transposer cette directive en droit national \u00e0 une date butoir fix\u00e9e au 9 mai 2018. En France, les mesures de transposition de la directive NIS sont pr\u00e9sent\u00e9es par la loi n\u00b0 2018-133 du 26 f\u00e9vrier 2018, et le d\u00e9tail des modalit\u00e9 d\u2019application par le d\u00e9cret n\u00b0 2018-384 du 23 mai 2018. Les r\u00e8gles NIS y sont au nombre de 23, r\u00e9parties au sein de quatre chapitres (Gouvernance, Protection, D\u00e9fense, R\u00e9silience) et restent fortement inspir\u00e9es par les 20 r\u00e8gles de l\u2019article 22 de la Loi de programmation militaire, servant de v\u00e9hicule l\u00e9gislatif pour adresser la cybers\u00e9curit\u00e9 aux diff\u00e9rents OIV. Il existe toutefois une grande disparit\u00e9 d\u2019application entre les \u00c9tats, chacun ayant la latitude d\u2019atteindre un niveau de s\u00e9curit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 que l\u2019harmonisation minimale requise par la directive NIS. A titre d\u2019exemple le <em>IT Security Act<\/em> allemand s\u2019inspire principalement de certifications normatives de type ISO 27001, soit un mod\u00e8le simplifi\u00e9 en comparaison du choix fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Depuis le 17 mai 2019, en sus de ces recommandations, le Conseil europ\u00e9en a \u00e9tabli un cadre juridique \u00ab&nbsp;[\u2026] visant \u00e0 dissuader et contrer les cyberattaques ayant des effets importants qui constituent une menace ext\u00e9rieure pour l&rsquo;Union ou ses \u00c9tats membres&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Pour la premi\u00e8re fois, ces mesures restrictives peuvent viser des personnes, pays tiers ou organisations internationales en les int\u00e9grant \u00e0 une liste noire recensant les cyber exactions effectu\u00e9es hors fronti\u00e8res. Elles constituent une premi\u00e8re concr\u00e9tisation aux r\u00e9ponses diplomatiques conjointes souhait\u00e9e deux ans plus t\u00f4t, dans le cadre de la \u00ab&nbsp;bo\u00eete \u00e0 outils cyber diplomatique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c9volution des menaces, exposition des territoires&nbsp;: un avenir \u00e0 pr\u00e9parer<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par un passage progressif, allant de l\u2019anticipation du risque cyber initi\u00e9 en 2008, \u00e0 la mise en \u0153uvre du cadre politique de lutte contre ce dernier, concr\u00e9tis\u00e9 par Loi de programmation militaire de 2013, la France a su exploiter un dispositif d\u00e9fensif pr\u00e9sent depuis plus de 60 ans sur le territoire, en le faisant \u00e9voluer en fonction de la nouvelle tectonique des menaces&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les attaques informatiques se sont fortement intensifi\u00e9es au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, t\u00e9moignant d\u2019une diss\u00e9mination et d\u2019une sophistication croissante des moyens d\u2019agression&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Partant d\u2019une strat\u00e9gie nationale de cybers\u00e9curit\u00e9 initi\u00e9e en 2011 et principalement con\u00e7ue autour d\u2019un mod\u00e8le d\u00e9fensif, le nouveau Livre blanc de 2013 esquissait d\u00e9j\u00e0 une \u00e9volution doctrinale plus adapt\u00e9e \u00e0 la nature du risque, en envisageant une r\u00e9ponse gouvernementale proportionn\u00e9e \u00e0 l\u2019ampleur d\u2019un danger cybern\u00e9tique exponentiel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une \u00e9tape fondamentale est finalement franchie par la France en 2018, en se dotant \u00ab&nbsp;[\u2026] de capacit\u00e9s et d\u2019une doctrine d\u2019emploi qui couvrent les actions cyber offensives d\u00e9di\u00e9es \u00e0 l\u2019engagement des forces arm\u00e9es&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, pilot\u00e9es par le COMCYBER. Ce type de r\u00e9ponse ne constituant qu\u2019une possibilit\u00e9 parmi d\u2019autres,&nbsp; la Revue strat\u00e9gique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e9voque \u00e0 demi-mot d\u2019autres formes de r\u00e9pliques plus conventionnelles &nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans le Cyberespace, certaines attaques, en raison de leur ampleur et de leur gravit\u00e9, pourraient relever de la qualification d\u2019agression arm\u00e9e : une attaque informatique majeure, par les dommages qu\u2019elle causerait, pourrait ainsi justifier l\u2019invocation de la l\u00e9gitime d\u00e9fense au sens de l\u2019article 51 de la Charte des Nations Unies<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Le document Droit international appliqu\u00e9 aux op\u00e9rations dans le cyberespace ajoutant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ces op\u00e9rations peuvent constituer des attaques au sens de l\u2019article 49 du Protocole additionnel I aux Conventions de Gen\u00e8ve (PA I), d\u00e8s lors qu\u2019elles produisent des dommages physiques, ou qu\u2019elles rendent un syst\u00e8me inop\u00e9rant<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. Ces r\u00e9flexions sont en partie aliment\u00e9es par le Manuel de Tallinn, guide r\u00e9dig\u00e9 par un groupe d\u2019experts mandat\u00e9s par l\u2019OTAN, proposant une transposition du Droit international aux cyberconflits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Union europ\u00e9enne, la directive NIS repr\u00e9sente un jalon important par sa volont\u00e9 d\u2019instituer au sein des 28 \u00c9tat membres, un groupe de coop\u00e9ration renfor\u00e7ant l\u2019\u00e9change d\u2019informations et de bonnes pratiques. Cependant, la disparit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019application de ses recommandations en droit national (identification des secteurs critiques, \u00e9ligibilit\u00e9 des OSE, mesures de s\u00e9curit\u00e9\u2026), met en exergue l\u2019actuelle fragilit\u00e9 de l\u2019espace num\u00e9rique collectif, pouvant \u00eatre marqu\u00e9 par quelques incoh\u00e9rences&nbsp;: par exemple, une entreprise disposant de filiales dans plusieurs pays, est susceptible de voir certaines d\u00e9sign\u00e9es OSE et d\u2019autres non. Il est toutefois possible de rester optimiste sur un dynamisme collectif, que la France, en sa qualit\u00e9 de nation cadre, est capable de plaider aupr\u00e8s de ses partenaires. Les orientations de sa Revue, qui se d\u00e9clineront dans la prochaine Loi de programmation militaire \u0153uvrent en tous cas dans ce sens : \u00ab&nbsp;La convergence des menaces sur l\u2019Europe n\u00e9cessite que les Europ\u00e9ens soient davantage engag\u00e9s en faveur de leur propre s\u00e9curit\u00e9, et travaillent \u00e0 l\u2019ambition d\u2019une autonomie strat\u00e9gique commune&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Il est \u00e0 noter qu\u2019une d\u00e9marche de sensibilisation \u00e0 un cyberespace s\u00fbr et pacifique, int\u00e9gr\u00e9 au droit international \u2013 \u00e9largie cette fois \u00e0 une centaine d\u2019\u00c9tats \u2013 a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par la France, le 12 novembre 2018, afin de pr\u00e9parer l\u2019avenir \u00e0 une plus grande coop\u00e9ration entre tous les acteurs op\u00e9rant dans l\u2019espace num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Livre blanc sur la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/em>, Paris, 2008, p. 53.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>\u00c9tat de la menace li\u00e9e au num\u00e9rique en 2018,<\/em> Paris, 2008, p. 33.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>https:\/\/www.internetworldstats.com\/emarketing.htm<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>\u00c9tat de la menace li\u00e9e au num\u00e9rique en 2018, ibid<\/em>, p. 42.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>\u00c9tat de la menace li\u00e9e au num\u00e9rique en 2018, ibid<\/em>, p. 42.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Livre blanc sur la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/em>, Paris, 2013, p. 45.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>https:\/\/www.legifrance.gouv.fr<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Louis Gautier, \u00ab&nbsp;Dix ans de s\u00e9curit\u00e9 des activit\u00e9s d\u2019importance vitale&nbsp;\u00bb, <em>revue<\/em> <em>D\u00e9fense<\/em>, n\u00b0179, mars-avril 2016, p. 6.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Journal<\/em> <em>officiel de la r\u00e9publique fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0129, dimanche 4 juin 2006, texte n\u00b01.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Livre blanc sur la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9 nationale,<\/em> Paris, 2008, p. 19.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>https:\/\/www.internetworldstats.com\/emarketing.htm<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Livre blanc sur la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/em>, Paris, 2013, p. 44.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>https:\/\/eur-lex.europa.eu<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Livre blanc sur la d\u00e9fense et la s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/em>, Paris, 2008, p. 96.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> <em>D\u00e9cision du Conseil concernant des mesures restrictives contre les cyberattaques qui menacent l&rsquo;Union ou ses \u00c9tats membres, Bruxelles, 2019, p. 4.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Revue strat\u00e9gique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/em>, Paris, 2017, p. 35.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>\u00c9l\u00e9ments publics de doctrine militaire de lutte informatique offensive,<\/em> Paris, 2019, p. 4.<em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Revue strat\u00e9gique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 nationale, ibid<\/em>, p. 35.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Droit international appliqu\u00e9 aux op\u00e9rations dans le cyberespace,<\/em> Paris 2019, p. 12.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Revue strat\u00e9gique de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 nationale, ibid<\/em>, p. 58.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les risques relatifs \u00e0 la cybercriminalit\u00e9 sont devenus syst\u00e9miques dans un monde en pleine mutation num\u00e9rique, caract\u00e9ris\u00e9 par la congruence permanente des individus et des syst\u00e8mes d\u2019informations. D\u00e8s 2008, le Livre blanc posait les pr\u00e9mices de ce constat en donnant une place centrale \u00e0 la mondialisation, d\u00e9crite comme une situation d\u2019interactions et d\u2019interd\u00e9pendances entre une multitude d\u2019acteurs, port\u00e9e entre autres&hellip; <a class=\"continue-reading-link\" href=\"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/2026\/10\/23\/etat-et-cybercriminalite-des-reponses-adaptees-aux-enjeux-historiques-2\/\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">\u00c9tat et cybercriminalit\u00e9 : des r\u00e9ponses adapt\u00e9es aux enjeux historiques<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":68,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11],"tags":[7,10,9],"class_list":["post-103","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cybersecurite","tag-cybersecurite","tag-defense","tag-livre-blanc","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=103"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":111,"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103\/revisions\/111"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/estrivier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}